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Une église aux mille visages
Sr Aimée-Cécile, du Congo démocratique, en formation à Paris, explique ce que fut pour elle l’expérience des JMJ 2005 : "J’ai compris aussi qu’ensemble, nous pouvons bâtir un monde plus humain et fraternel. Je reste avec cet espoir que l’unité de tous les croyants se réalisera un jour"
La communauté m’a donnée l’occasion de participer aux JMJ 2005 à Cologne. J’étais très contente de la proposition. La route choisie était l’oecuménique. Car la famille de l’Assomption avait organisé trois routes pour vivre ces JMJ.
La route "servir" partait de Lourdes, la route "partager" en vélo et la route "rencontrer" ou "oecuménique" avec des longues marches à pied. Lorsque cette proposition m’a été faite, même si j’étais contente, je ne voyais pas très bien ce que cela pouvait représenter. Le mot "oecuménique", je le comprends et je vois un peu ce qui se fait actuellement dans l’Eglise mais je ne prêtais pas beaucoup d’attention étant donné que mon pays, la RDC n’est pas tellement confrontée à ce problème oecuménique. En réflechissant un peu sur ce que je pouvais attendre de cette démarche, je me suis rappelée de l’homélie du pape Benoît XVI lors de la messe d’inauguration de son pontificat. Il allait faire de l’oecuménisme une de ses priorités pastorales. A partir de cette réflexion, je me suis dit : si le pape fait de l’oecuménisme sa priorité, cela veut dire que chaque chrétien est appelé à s’intéresser à cette question. Plus le jour du départ approchait, plus mon désir de vivre cette expérience oecuménique grandissait, j’avais hâte de la vivre. Je suis partie de Paris le 6 août pour rejoindre le groupe à Lyon, ville historique de l’oecuménisme en France et de son expérience de foi des martyrs. J’ai pensé aux Saints Pothin, Irenée, Blandine et leurs compagnons.
Pendant la soirée, nous avons pris le temps de faire connaissance. Notre groupe était vraiment international au niveau des cultures et des religions.
De l’Europe, on pouvait découvrir la présence de la Bulgarie, la Russie, la Roumanie, la Suisse, la Belgique, la France ; de l’Asie, on pouvait reconnaître le Vietnâm, la Corée et enfin, on sentait la chaleur de l’Afrique avec le Burkina Fasso, le Togo, le Congo-Kinshasa et le Congo-Brazzaville.
Nous étions des différentes confessions religieuses catholiques, orthodoxes, anglicans et protestants. Plus on avançait dans notre marche vers Cologne, plus la famille que nous formions se consolidait. Nous avons beaucoup partagé entre nous sur ce qui faisait nos joies et nos déceptions. Ces moments nous ont permis de nous connaître et nous ouvrir les uns aux autres. Nous étions devenus vraiment une famille avec nos différences.
Le passage à Taizé a été une découverte pour moi, je ne connaissais pas ce lieu, j’avais simplement entendu parler de ce qui faisait sa réalité. En arrivant dans cette communauté, mon premier désir était de voir le frère Roger Schutz, le fondateur. C’était une joie pour moi de voir cet grand homme affaibli par l’âge mais avec un visage rayonnant de bonté et de paix. Pendant notre passage, nous avons réflechi sur sa lettre "un avenir de paix, et non de malheur". Oui, frère Roger vivait ce qu’il annonçait. C’est comme si on pressentait sa mort imminente, car lors de l’entretien que notre groupe a eu avec un frère de la communauté, j’avais posé la question concernant la succession du frère Roger étant donné son âge avancé et personne ne pouvait imaginer qu’il partirait une semaine après notre départ ni de cette façon violente.
J’ai été frappée par la foule immense, surtout des jeunes, et je me posais la question comment la communauté s’organise pour donner à manger à tout ce monde. Mais un service des volontaires mis en place faisait un travail extraordinaire de telle sorte que chacun repartait avec son plat et s’asseyait pour manger.
Un autre moment fort était la prière du soir. C’était impressionnant de voir presque tout le monde assis par terre pour prier. J’ai beaucoup aimé la beauté des chants et refrains répétitifs chantés en différentes langues. Si bien qu’à un certain moment, je ne chantais plus pour goûter la beauté des chants et de la prière.
L’étape de Belfort-Montbelliard a été marquée par la célébration de la Cène. C’était pour la première fois que je vivais ce moment avec nos frères protestants. A la fin de la célébration, nous avons tous senti, chacun à son niveau que même si nous formions un corps il y a encore des réalités qui nous séparent.
Tous n’ont pas pu partager le même pain avec nos frères protestants. Cela a été un étonnement pour certains et un choc pour d’autres. C’était une "peine" pour moi de ne pas pouvoir communier et en même temps une joie d’être témoin de ce que vivent nos frères protestants. Cette expérience ne nous a pas empêché de continuer notre "marche oecuménique" au contraire,elle nous a plus rapproché de nos frères protestants en posant des questions pour mieux comprendre ce qui venait de se passer. Nous avons beaucoup échangé avec nos frères protestants, eux-mêmes avaient ressenti les mêmes peines que nous .
Nous avons passé quelques jours à Constance avant d’arriver à Cologne. Nous avons pris le temps de visiter Constance, une ville marquée entre autres par le Concile. C’était émouvant de voir la maison du Concile et de se souvenir de ce qui s’est passé là dedans. Une histoire passée, m’était devenue présente à ce moment là. A Constance, nous avons été très bien accueillis par les familles allemandes. Cet accueil m’a rappelé les paroles de Saint Paul aux Ephésiens "En Jésus, vous n’êtes plus des étrangers..." Puisque le Christ a détruit ce qui nous séparait donc qu’il n’y a plus de juif, ni de grec, ni de congolais, ni d’allemand, tous nous sommes frères et nous pouvons vivre ensemble.
Il est vrai que j’ai l’expérience de l’internationalité dans la congrégation mais celle-ci était à un autre niveau par le fait que nous n’avions pas tellement beaucoup de choses en commun avec la famille comme à l’Assomption sinon la Foi au Christ.
Marienfeld a été un lieu de grand rendez-vous avec le Pape et tout le peuple de Dieu venu célébrer cet événement. J’étais très émue de voir cette foule innombrable réunie dans ce lieu par terre autour de successeur de Pierre. Et j’ai fait un rêve qu’au ciel, nous serons ce que nous sommes en train de vivre aujourd’hui à Marienfeld. Malgré le froid, tu pouvais lire la joie sur le visage de pèlerins. Ma joie était de sentir l’Eglise heureuse et vivante. Les drapeaux de toutes les nations donnaient l’impression du grand rassemblement du ciel de tous les enfants de Dieu réunis pour professer la même foi autour de du Christ.
Pendant la veillée, j’ai été fortifiée par une phrase de l’homélie du pape Benoît XVI "...avec nos défauts, nous pouvons néanmoins espérer nous trouver encore à la suite de Jésus, qui a précisement appelé les pécheurs". C’est avec nos pauvres personnes que le Seigneur construit son Eglise.
Les JMJ ont été pour moi une occasion de chanter mon espérance et ma reconnaissance envers le Seigneur de nous avoir choisis pour être là et célébrer sa grandeur. La messe de clôture a été aussi un moment fort. Le pape a beaucoup insisté sur l’importance et la place de l’Eucharistie dans notre vie de chrétien. Une des phrases du pape a retenu mon attention "le Christ nous invite au pèlerinage qui s’appelle l’Adoration". J’ai beaucoup pensé à Marie Eugénie qui a voulu l’adoration du Saint Sacrement,et à la congrégation qui vit ce mystère par la célébration quotidienne, et à chacune de nous qui, chaque jour, continuons ce pélerinage vers nos chapelles et oratoires pour adorer le Seigneur.
Ce sont mes premières JMJ. J’ai vécu une forte expérience de foi, de communion, d’amitié et de solidarité avec d’autres. Nous avons vécu une fraternité sans frontière. J’ai découvert l’Eglise aux mille visages. J’ai compris qu’il est possible de partager avec d’autres ce qui fait notre vie en tant que chrétien car la foi, on ne la vit pas tout seul, on la partage simplement. J’ai compris aussi qu’ensemble, nous pouvons bâtir un monde plus humain et fraternel. Je reste avec cet espoir que l’unité de tous les croyants se réalisera un jour car les JMJ sont l’un des signes de cette unité. La diversité de culture et de religion a été pour moi une occasion de comprendre ma foi et de l’approfondir ; de m’ouvrir à l’autre et de l’accueillir comme un don de Dieu.
L’expérience oecuménique a éveillé en moi le désir d’approfondir le mot "oecuménisme". Avec le pape Benoît XVI, je dis les JMJ ont fait de nous "une seule chose aussi entre nous". Je suis très heureuse d’appartenir à l’Eglise, je l’aime encore plus avec ce qu’elle a et je suis fière d’être chrétienne. Je suis très reconnaissante envers la communuté de m’avoir permis de vivre cette expérience d’Eglise famille.
Sr Aimée-Cécile r.a
Auteuil
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